9- UN MILLIER D’ANNEES DE BONNES PRIERES de Wayne Wang USA 2007
sortie en France 30 juillet 2008
C’est l’histoire d’une cohabitation entre un père et son enfant. Après 12 ans d’absence Yilan une jeune femme chinoise vit paisiblement et seul dans une petite ville des Etats Unis ; elle accueille son père(HENRY O) un retraité veuf pékinois qui vient pour l’aider suite à son divorce. Il va jouer les ères poules surveillant les allées et venues de sa progéniture.
Cette promiscuité déplait à sa fille surtout venant d’un père qui ne sait jamais occuper d’elle et qui semble rattraper le temps perdu. Mais elle n’a pas le sien à perdre, d’ailleurs sa vie n’est pas si terne que cela et l’échange n’est pas facile entre ces deux êtres éloignés, distants et peu communicatifs. Pourtant le père est communicatif avec le voisinage, des démarcheurs religieux et une vieille dame avec qui il sympathise, tous les jours il cuisine comme tout père attentif et attend le retour de sa fille unique.
Mirifique film adapté par son auteur (1) sur la relation familiale esquivée par deux êtres philosophiquement antagonistes où toute communication semble impossible et qu’une culturelle différente rend difficile. Cette mitoyenneté devient dès lors une souffrance pour chacun que tout sépare en fin de compte.
Constat humain amer d‘une génération adulte effarée du changement social - l’auteur insiste bien pour signaler les différences entre l’Orient et l’Occident ne fusse qu’au niveau communication et prise en charge des vieux - et d’une autre désappointée rejetant une culture qui ne lui sied plus et un passé devenu un mur pour le bonheur, ce bonheur que l’on peut acquérir qu’après un millier d’années de bonnes prières. Cette observation terrible se déroule dans un climat silencieux, remembrant deux personnes antagonistes engoncées dans leurs certitudes voire leurs bons droits, huis clos familial basé sur l’incommunication Cette œuvre splendide du réalisateur de «Brooklyn Boogie « et « Smoke » fait penser au cinéma d’Ozu par sa peinture sereine et pessimiste d’une famille en débâcle filmée en gros plans rapprochés , d’un père au lourd passé politique dont le rôle est de « s’inquiéter et d’espérer » et d‘une société qui assume plus ces changements et ce n’est pas un mince compliment
(1) Yiyun Li dont Wayne Wang a aussi adapté pour un autre film sorti en même temps « La princesse du Nebraska »
Le premier jour du reste de ta vie « de Rémi Bezançon
France 2008 sortie le 23-7-2008
La vie d’une famille durant 12 années durant cinq journées capitales car marquantes pour chacun des membres de 1988 à 2000. Cette cellule familiale est composée d’une femme abusive, maternelle et angoissée, (ZABOU BREITMAN) d’un père (JACQUES GAMBLIN) complice et amer avec les siens, en conflit avec son géniteur (ROGER DUMAS) d’une fille Fleur ( DEBORAH FRANCOIS) qui passe le cap de l’adolescence avec heurts et déceptions ,l’ainé Albert (PIO MARMAI) le grand frère sauveur qui ne sauvera son mariage , son autre frère l’angélique Raphaël ( MARC ANDRE GRONDIN) bohème et rêveur qui hésite de prendre une décision pour sa vie .
Tout ce beau monde sympathique et pathétique est empli de frustration, de déception et de manque de reconnaissance. Ces redécouvertes qu’une mère ébranlée attend de son époux, qu’un époux espère de son père, que Fleur quémande à son entourage, que Raphaël attend d’une belle inconnue et que Albert ignore.
Il ya dans cette œuvre que le découpage chronologique et dramatique rendent émouvante, un savoir faire indéniable, une délicatesse et un ton d’auteur qui font de cette famille soit disant pas comme les autre et enfin si commune un reflet de l’existence, de l’enfance et de la vie communautaire de gens qui ‘aiment si forts qu’ils ne peuvent se le dire dans le calme. Ce film de Rémi Bezançon emporte l’adhésion pour cette peinture évoquée, pour son traitement original et ses scènes marquantes qui laissent inaugurer d’autres aussi puissants.
MY NAME IS HALAM FOE de David Mac Kenzie2007 Angleterre Sortie le 9 juillet
Voilà un ton nouveau, jeune, compréhensif et attachant ; toutes ces qualités qui nous fait nous arrêter devant ce film captivant. Hallam Foe 17 ans ( JAIMIE BELL) est un adolescent en mal d’être dont le comportement querelleur pourrait nuire à sa santé mentale. Celle-ci est mise il est vrai à rude épreuve ; il vient de perdre sa mère et ses relations avec son père (CIARAN HINDS)ne sont pas brillantes d’autant plus qu’il a comme belle mère (CLAIRE FORLANI) un être qu’il exécrée. De plus il vit comme un sauvage dans une jungle qu’est le parc de leur maison, d’où il espionne – suprême plaisir – ses voisins
Une dispute de trop et le voilà s’exilant pour Edimbourg. De là il va rencontrer Kate (SOPHIA MYLES) chef de personnel dans un hôtel sosie vivante de sa défunte mère, la suivre et se faire engager par elle. Sa raison va t-il vaciller davantage ou reprendre le dessus devant ce nouveau monde et cette nouvelle rencontre ?
Le film se veut une approche d’un moment difficile d’un enfant : l’adolescence ; et son départ se veut non une fuite mais une solution et deviendra initiatique qui sera bénéfique pour lutter contre ses vieux démons. Où le bat blesse c’est quand le réalisateur hésite entre ce sujet et l’étude psychiatrique d’un névrotique dont les excès mettent son entourage en danger ; ce propos la scène de la noyade est peu crédible et l’innocence du père quant au comportement de sa compagne fait sourire ; deux faux pas qui n’enlèvent rien au plaisir de cette histoire rocambolesque, qui vaut son pesant grâce à une interprétation solide ; Jaime Bell en tête l’ex « Bily Elliot » qui par moment effraie par son obsession morbide et Sophia Myles qui joue un personnage de femme déroutante, ambiguë et insatisfaite . Dans l’ensemble une œuvre rafraichissante d’un jeune auteur dont nous ne connaissons point ses autres films.
MARIAGE TARDIF « Hatuna Meuheret »de Dover Koshavili Israël-France 2001
Ressortie juillet 2008 « Paris Cinéma »
Zaza (Lior Askénazi) un israélien originaire de Géorgie est transbahutée d’une famille à l’autre par la sienne désireuse de le voir marié au plus vite. Mais voilà notre célibataire endurci fréquente Judith (Ronit Elkabetz) une jeune séfarade divorcée et mère d’une petite fille. Sa famille le père en tête (Moni Moshonov) très pieuse voit d’un mauvais œil cette relation passionnée et interdite et décide d’intervenir de façon violente et brutale pour casser cette relation honteuse. Ce couple pestiféré à leurs yeux tiendra –t-il face à cette pression ?
L’auteur s’est servi de sa vie et des douleurs pour raconter, dénoncer le pouvoir patriarcal avec les parents intransigeants et les traditions qui étouffent les individus ; traditions surannées qui s’estompent difficilement. Le film pertinent se veut un regard sur un pays démocratiquement qui a vu il y a 20 ans arriver vers eux une nouvelle population et la pérennité des coutumes. Même s’il traine un ton malicieux ; il y a une gravité et une forte émotion au cours de ce récit qui les traverse aisément les frontières car le monde est parfois commun et que la vie offre les mêmes aléas.
De surcroit l’interprétation de nos 2 tourtereaux est remarquable Lior Askénazi (1) promène son personnage de lunaire, amoureux incurable et stoïque Ronit Elkabetz(2) cette femme blessée qui repousse autant son amant qu’elle entreprend des vieilles coutumes pour le retenir(3) ; leurs jeux sexuels sont digne Oshima et leurs querelles d’une comédie à l’américaine. Il y a dans cette peinture sociologique une forte critique et un fort amour de ses personnages qu’il ne juge jamais et qu’il accompagne malgré sa désapprobation d’une grande tendresse. Son personnage de la mère de zaza qui au travers ce mini drame comprend celui qui fut le sien est d’une grande justesse. Dover Koshavili est un grand auteur.
(1) Vu dans le remarqué « Il marchait sur l’eau »
(2) Scénariste et réalisatrice (Les 7 jours) elle tourne avec André Techiné à l’heure actuelle. Paris Cinéma lui consacre une rétrospective
(3) Il ya tout le long du film une évocation des gri-gri pour conjurer le sort ou pour exaucer un vœu qui en dit long sur ces croyances et sur ceux qui les pratiquent
« FAUT QUE CA DANSE » de Noémie LVOVSKY 2007 sortie DVD juillet 2008
Voilà une œuvre assez pertinente et profonde ; sous le couvert de la comédie elle enquête sur la famille, la mémoire et le temps qui passe. Noémie Lvovsky nous présente une cellule humaine perturbée : Les Bellinsky (1) composée d’une mère folle (Bulle Ogier) d’un père(Jean Pierre Marielle) désinvolte léger qui veut garder sa raison et refaire sa vie et de leur fille Sarah narratrice de cette histoire turbulente .
Dans cette famille il y a plusieurs drames dont la shoah qui a emporté la famille du père, l’état de la mère proche de l’installation dans un asile et le manque d’enfant pour Sarah stérile. La vie ne peut être vivable ainsi ; alors nos protagonistes aidés par un infirmier (Bakary Sangaré) François (Arié Emaleh) l’époux de Sarah et Violette (Sabine Azéma) vont détourner le destin et trouver les raisons de se mouvoir enfin. Dès lors quand le malheur s’éloigne , que l’ identité s’acquiert que le passé devient un présent acceptable et que la vie ne vous fait plus la nique :Il faut que ça danse.
En d’une galerie photos, d‘une bande annonce et de scènes coupées le DVD nous propose un long entretien pertinent entre la réalisatrice et jean Douchet historien et analyste du cinéma (2)
(1) qui est le nom d’un personnage joué par Charles Boyer dans « Cluny Brown » de Ernst Lubitsch Maître de la comédie frivole, légère et profonde
Plus une famille est disjonctée, plus elle se porte et se transmet bien à l’image à l’instar de « Little Miss Sunshine » qui avait bien saisi que plus le délire est là et plus la famille résiste.
C’est donc dans une frénésie collective que démarre cette histoire rocambolesque qui voit débarquer de France un écrivain Lucas (GILBET MELKI) qui débarque dans son pays d’origine l’Italie avec sa sœur Isabella (AMIRA CASAR) pour l’enterrement de leur père Antonio Morandi (GILBET MELKI)
Lucas partagé entre ces deux pays va voir arriver sa mère Rosa (FRANCOISE FABIAN aussi délirante que dans « la bûche » autre film qui parlait de la famille) et les nombreuses épouses de feu son père Yolanda (VITORIA SCOGNAMIGLIO) prisée de politique qui oscille des Brigades rouges aux altermondialistes en passant par Berlusconi ,Bijou de Saint Phalle (ELLI MEDEIROS) ex mannequin vedette qui refuse de vieillir Monca Bellina (Caterina Murino) caricature de la vedette bête et belle . les souvenirs vont venir inonder sa mémoire fragilisé par le deuil ; il retrouvera son premier amour Lilla (BARBARA BOLOVA) et Ada (NADINE ALARI) celui de son père et apprendra moult choses à son dépend .Le choc des cultures, le poids des non dits et les retrouvailles inattendues vont déboussoler Lucas et sa sœur Isabella et leurs destins seront transformés.
Stéphane Giusti se sert de son scénario pour asséner des vérités et tracer un portrait politique de l’Italie (avec Yolanda) culturel (avec Bijou ) social (Monica) et pour se poser la question de l’identité culturelle , li qui est comme son héros balloté entre deux pays géniteurs et déchiré par deux cultures même si le retour à la patrie mère n’a plus le même attrait, la même attirance . D’ailleurs son double se plaint de la perte de l‘intellect « où sont Fellini Gassman, Pavèse, le juge Falcone » s’écrit-il .Outre une œuvre nostalgique l’auteur de « Cia Bello » nous offre un film empreint d’amour, de drôlerie permanente grâce notamment au sieur Melki qui joue 2 rôles dont un fils exaspéré par un pays en désuétude, une famille bizarroïde et un deuil qui lui échappe.
Voilà un film israélien sur la déroute d’une famille, déroute rendue matériellement impossible pour 2 raisons ; Le deuil qui les oblige à vivre dans une maison en bons voisins durant 7 jours et une guerre qui les séquestre et les oblige à porter des masques à chaque alerte.
Ces deux impossibilités de s’évader vont créer une tension qui va délier des langues et les non dits font fuser comme des geysers éclaboussant au passage les membres de cette cellule familiale prisonnière d’une autre cellule. Aux violences verbales vont ‘ajouter des violences physiques et psychologiques et au silence choisi vont se succéder des solitudes, des angoisses, des passions, des colères, des pleurs et des rémissions.
Dans cet autel où la mort est passée et risque de revenir ;il y a des combats qui ne mettent à rien et nulle part, il y a des êtres disloqués , cassés, qui s’affrontent au lieu de se recueillir dans une atmosphère étouffante que les agressions extérieures ne semblent apaiser. Seule le dernier jour d’enfermement va mettre une accalmie et que les protagonistes vont faire relâche et s’apercevront que le jour se lève encore.
Une œuvre forte, maitrisée , empli d’amour , rythmée de scènes fortes avec parcimonie et joué par une pléiade d’acteurs (1)talentueux dont la coréalisatrice Ronit Elkabetz qui reprend son personnage de Viviane qu’elle nous avait présentée dans « prendre femme » le premier volet d’une trilogie qu’elle compte parfaire. Nous serons présents.
(1) nous avons reconnu l’interprète de Amos Gitai Yael Abeccassis qui tourne en France aussi
Voilà un drôle de film qui a le mérite de l’être Grace à son humour décalé revanchard et déstabilisant. Revoyons la trame et le scénario pour étayer nos dires. Une famille de 6 personnes décide d’accompagner la plus jeune des enfants Olive au concours de beauté junior « Miss Sunshine ». Ce ne sera pas sans mal car plusieurs contrariétés vont faire barrière à ce but et la dite famille est on ne peut plus désarticulée.
Qui compose ce groupe ; des parents Richard (Greg Kinnéar ) et Cheryl ( Toni Colette) , une fille rêveuse de gloire, un fils suicidaire Dwayne qui a fait vœu de silence en réponse à l’indifférence, Frank frère de Cheryl universitaire sorti d’un suicide après une peine de cœur avec un autre universitaire et le grand père (Allan Arkin) libidineux comme il est pas permis , toxicomane et coach de la petite Olive .
Les auteurs montrent une famille disloquée dont chacun souffre d’absence de reconnaissance, mais refuse tout pathos, toute théâtralité tout stéréotype et de surcroit tout happy end. Ils montrent un monde artificiel, aseptisé, consensuel dans lequel leurs personnages ne veulent point adhérer ; le monde est fou et la famille doit en porter les stigmates.
Dès lors ce film aussi indépendant que ses héros nous offre des personnages haut en couleurs comme le grand père, émouvants comme le beau frère qui cache ses déceptions et ce fils ses peines et décidés comme ses parents et cette petite fille. Si le film contient des moments téléphonés, il reste assez jubilatoire grâce aussi aux acteurs et aux situations farfelues dignes du cinéma d’auteur qui se veut ici critique de la société américaine capitaliste et satirique, aux personnages assez marquants et au traitement qui laisse aux spectateurs un gout de la marginalité, un esprit juvénile t un regard chaleureux sur la famille
LES MURS PORTEURS de Cyril Gelblat 2007 France sortie le 9 juillet 2008
Frida une juive ashkénaze 75 ans (Shulamit Adar ) (1) perd la notion du temps ; elle retourne fréquemment sur les lieux de sa vie maritale dérangeant la jeune locataire Manou (Giovanna Mezzogiorno) qui y occupe le studio. Alerté le fils Simon (Charles Berling) viendra chercher l’égarée et nouera une liaison amoureuse avec Manou, lui le divorcé et écrivain reconnu. Judith (Miou Miou) la sœur de Simon va-t-elle se résoudre à placer leur mère pour calmer ces errements ?
Ce premier film démarre lentement et prend corps peu à peu quand nous devinons le passé de ses personnages meurtris aussi par un présent difficile à gérer. Simon comprend et semble bien analyser la cellule sociale mais la familiale lui échappe ; il doit se faire violence pour y adhérer et l’assumer. Simon est un tendre, un peu brusque parfois mais avec une attention touchante notamment quand allongé près de sa mère somnolente, il promène son regard sur le corps brulé, fatigué de cette femme éreinté par la résurgence de souvenirs vitaux .D’ailleurs le corps est un leitmotiv dans cette narration : le corps malade de la femme, le corps de la femme enceinte, le corps des amants de passage ou non, le corps que l’on caresse à titre
thérapeutique, le corps vieux que l’on scrute comme pour mieux lire la personne.
Il y en filigrane a dans cette œuvre tendre, sensible et émouvante une approche sur la perte de la mémoire celle qui peut désunir des liens familiaux ; c’est que l’on refuse d’oublier au risque de perdre la raison, celle qui annihile l’enfance et une bride du passé. Dès lors dans cette famille en décalage affectif, se dessine une confusion et une scission que seule une éventuelle fusion pourrait faire disparaître.